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Visage du Jury oecuménique : Ruben de la Prida Caballero (Espagne)

Visage du Jury oecuménique : Ruben de la Prida Caballero (Espagne)

Né à Madrid en 1982, Rubén de la Prida préside Signis Espagne. Docteur en communication audiovisuelle, publicité et relations publiques à l’Université Complutense de Madrid, il est également diplômé en ingénierie industrielle de l’Université Carlos III de Madrid et auteur de plusieurs brevets en ingénierie ferroviaire. Il consacre aujourd’hui ses travaux de recherche et son enseignement à l’esthétique et à l’analyse des médias contemporains. Ses expertises de prédilection incluent le cinéma des réalisatrices espagnoles ainsi que l’étude des cinéastes américains postmodernes.

Selon vous, comment le cinéma peut-il capturer la grâce, l’âme humaine ou le sacré à l’écran, sans tomber dans le cliché ou devenir moralisateur ?

Oui, bien sûr. C’est précisément la capacité du cinéma à capturer des aperçus de l’âme humaine, à poser des questions intemporelles qui touchent au cœur même de notre humanité, qui le rend, à mon avis, si nécessaire. Les films n’ont pas besoin — on pourrait même dire qu’ils ne devraient pas — d’être moralisateurs ; ils ne le sont d’ailleurs jamais lorsqu’il s’agit de véritable art cinématographique. Je pense ici à de grands réalisateurs qui ont remporté la Palme d’Or, tels que Ken Loach, Ermanno Olmi, Martin Scorsese, Abbas Kiarostami, ou le lauréat de l’année dernière, l’Iranien Jafar Panahi. Les filmographies de ces réalisateurs posent des questions très profondes et n’offrent que rarement des solutions directes. Ils ont plutôt confiance en la capacité du cœur humain à reconnaître que les véritables réponses aux dilemmes de l’existence se trouvent nécessairement au-delà des limites du monde matériel et appartiennent donc au domaine de la transcendance.

Y a-t-il un film qui a changé votre vie ?

Il y a quelques films dont je pourrais dire qu’ils ont changé ma vie. Le Goût de la cerise qui transmet une image merveilleuse de Dieu et de l’homme à travers la poétique de la simplicité. In the Mood for Love car ce n’est pas seulement un portrait précieux de la beauté et de la complexité du cœur humain, mais cela montre aussi les possibilités infinies offertes par le langage du cinéma. Enfin et surtout, Mean Streets de Martin Scorsese. Comme beaucoup d’autres films du réalisateur italo-américain, il reflète avec une grande précision la question de savoir comment croire en Dieu dans un monde qui s’est tant éloigné de Lui.

Pour vous, le sacré au cinéma se transmet-il davantage par le dialogue ou par le silence ?

Je crois que le silence est en général beaucoup plus puissant que les mots lorsqu’il s’agit de transmettre l’expérience de Dieu, non seulement au cinéma, mais aussi dans d’autres expressions artistiques, ainsi que dans la vie elle-même. Par conséquent, lorsque les films deviennent moralisateurs et tentent d’expliquer explicitement le divin, ou de l’exprimer avec des mots directs, ils échouent ou deviennent idéologiques ; et généralement les deux. Le sacré est habituellement atteint dans l’art cinématographique — comme le décrit Paul Schrader dans son merveilleux livre Le Style transcendantal au cinéma — par des moyens très simples : la répétition, l’austérité, l’ordinaire ; un peu comme s’il imitait les formes de la vie monastique. Ces films suggèrent plus qu’ils ne racontent. C’est pourquoi ils sont si puissants pour communiquer le sacré, non pas seulement à l’intellect, mais plutôt à l’intuition et à la sensibilité du spectateur.

Retrouvez la bio de Ruben de la Prida Caballero


Born in Madrid in 1982, Rubén de la Prida is the president of Signis Spain. He holds a PhD in Audiovisual Communication, Advertising, and Public Relations from the Complutense University of Madrid. He also holds a degree in Industrial Engineering from the Carlos III University of Madrid and is the author of several railway engineering patents. His teaching and research work focuses on the aesthetics and analysis of contemporary audiovisual media, with a special emphasis on the cinema of Spanish female filmmakers and postmodern American film directors.

In your view, how can cinema capture grace, the human soul, or the sacred on screen, without falling into cliché or becoming preachy ?

Yes, of course. It is precisely cinema’s ability to capture glimpses of the human soul, to pose timeless questions that strike at the very core of our humanity, that makes it, in my opinion, so necessary. Films don’t have to—one might even say they shouldn’t—be preachy ; they never are when we’re dealing with true cinematic art. I’m thinking here of great filmmakers who have won the Palme d’Or, such as Ken Loach, Ermanno Olmi, Martin Scorsese, Abbas Kiarostami, or last year’s winner, the Iranian Jafar Panahi. The filmographies of these directors pose very profound questions and rarely offer direct solutions. Rather, they trust in the human heart’s capacity to recognize that the true answers to the dilemmas of existence lie necessarily beyond the limitations of the material world and, therefore, belong to the realm of the transcendent.

Is there a film that changed your life ?

Yes, there are a few films that I could say changed my life. I would mention three. The first one was even awarded with the Palme D’Or at Cannes ; I’m referring to Taste of Cherry (Abbas Kiarostami, 1997), which conveys a wonderful picture of God and man by means of the poetics of simplicity. Next, I would mention In the Mood for Love (Wong Kar-Wai, 2000), since it is not only a precious portrait of the beauty and the complexity of the human heart, but also shows the endless possibilities offered by the language of cinema. Last, but not least, I must include Martin Scorsese’s Mean Streets (1973), in this trio because, like many of the Italian-American filmmaker’s other films, it reflects with great precision the question of how to believe in God in a world far removed from Him.

For you, is the sacred in cinema conveyed more through dialogue or silence ?

I do believe that silence is in general much more powerful than words when it comes to conveying the experience of God, not just in cinema, but also in other artistic expressions, as well as in life itself. Therefore, when films become preachy and try to explicitly explain the divine, or to put it in direct words, they either fail or become ideological ; usually both. The sacred is usually achived in film art —as Paul Scharder describes in his wonderful book The Transcendental Style in Cinema— through very simple means : repetition, austerity, ordinariness ; somehow as if imitating the forms of monastical life. Those films —with the abovementioned Taste of Cherry being a paradigmatic example— do suggest more than they tell. Therefore, they are so powerful to communicate the sacred, not just to the intellect, but rather to the viewer’s intuition and sensibility.

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