Depuis 2018 la SACEM est partenaire du Festival de Cannes pour souligner le rôle important des compositeurs de musique à l’image. Dans ce cadre, une leçon de musique est proposée chaque année aux festivaliers, au cours de laquelle un compositeur de renom entrouvre les coulisses de son métier.
En 2026, les organisateurs ont souhaité inviter un musicien représentant une nouvelle génération. Amine Bouhafa est "jeune" - il a moins de quarante ans - mais sa carrière est déjà riche d’une trentaine de longs métrages, tous témoignant d’un talent rare. Cécile Rap-Veber, directrice de la SACEM, a ouvert la séance en ré-affirmant le rôle de l’humain dans la création musicale pour l’image. La sensibilité, voire la fragilité, sont nécessaires pour que la musique d’un film épouse pleinement l’univers du réalisateur. l’IA ne saurait avoir une telle plasticité.
Au cours de l’échange qui a suivi, plusieurs séquences ont été projetées, extraites de films dont la musique a été composée par Amine Bouhafa. Sélectionnées dans l’ordre chronologique de la sortie des films, elles témoignent de l’évolution de son langage musical. A plusieurs reprises il s’est mis au piano pour mieux expliciter son propos.
Le public a ainsi pu redécouvrir la scène inoubliable du film Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014, César 2015 de la meilleure musique, Prix du Jury Œcuménique) avec son ballon de foot imaginaire. Puis grimper les pentes de l’Everest en écoutant la voix des glaciers du Sommet des Dieux (Patrick Imbert, 2021). Au sujet de sa collaboration avec Kaouther Ben Hania pour Les Filles d’Olfa (2023), le compositeur franco-tunisien rappelle son attachement au cinéma méditerranéen et africain. Sans musique artificiellement exotique, mais avec tact.
Pour Amine Bouhafa comme pour ses maîtres, la musique doit accompagner les images sans les surligner, essayant plutôt de "révéler ce qui est caché". Et parfois même... il n’est pas besoin de musique !
Travaux pratiques : le double visionnage d’une même séquence, la dernière du film Le Temps d’aimer de Katell Quillévéré. La première fois en silence, la seconde avec la bande son : voix, bruits et musique. De quoi ressentir le travail millimétré de crescendo effectué par le compositeur à la demande de la réalisatrice. Il s’agissait de nous faire pleurer à un moment bien précis, lorsque l’actrice se retourne... La séance s’est poursuivie avec un extrait de La Petite Dernière, film présenté par Hafsia Herzi en 2025 à Cannes.
Cette leçon de musique s’est révélée être une leçon de douceur et d’humilité, Amine Bouhafa se mettant résolument au service du film, objet plus ample que la seule musique. "Le réalisateur a toujours raison !" a-t-il insisté.
Camilia Jordana, qui prête sa voix à Carmen, l’oiseau rebelle, film d’animation de Sébastien Laudenbach présenté cette année à la Quinzaine des cinéastes, est venue rejoindre Amine Bouhafa, le temps d’une chanson.
Enfin, Cécile Rap-Veber a offert au compositeur un cadeau touchant : une partition originale de Georges Delerue, écrite pour le film Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963).








