Nationalité : Allemagne, Pologne, Italie, France, Grande-Bretagne
Genre : Drame
Durée : 1h22
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Pawel Pawlikowski
Acteurs principaux : Hanns Zischler, Sandra Hüller, August Diehl
En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Au volant d’une Buick noire, ils entreprennent un voyage éprouvant dans un pays qu’ils ont fui, seize ans plus tôt, lors de la prise de pouvoir du parti nazi. De Francfort, sous domination américaine, jusqu’à Weimar, contrôlée par les Soviétiques, père et fille traversent une Allemagne en ruines, coupée en deux par la guerre froide.
(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)
18 mai 2026
Vous aimez les films lourds, sombres, dans les prémices de la guerre froide, tout en introspection ? Pawlikowski a réalisé, écrit et scénarisé l’histoire de Thomas Mann, prix Nobel de littérature en 1929 et de sa fille Erika écrivain-journaliste, exilés aux USA, lors de leur voyage de retour dans l’Allemagne fracturée des années 1949. Et ce dans une Buick noire, emblématique du capitalisme américain.
Ils sont les figures importantes de la résistance allemande au nazisme. Cette Allemagne est, depuis Yalta coupée en deux , occupée d’un coté par les alliés et de l’autre par les soviétiques. Au pays fracturé répond la famille Mann éclatée, dispersée, réduite et T. Mann considéré comme traitre à la patrie du fait du soutien tacite apporté au bloc communiste par la réception à Weimar, du Prix Goethe.
Cette œuvre réaliste reflète bien les thèmes explorés par Thomas Mann et sa fille : la maladie, la mort, l’art, l’amour, les droits de l’homme, le mal, la décadence, l’idéologie et les" Ismes". Le père et la fille resteront unis, liés par la musique de J.S. Bach : "Jésus que la joie demeure".
Le récit est linéaire, les acteurs sobres et bien dirigés, les dialogues sans fausse note et le scénario et la mise en scène cohérents, droits, millimétrés : du grand art !
18 mai 2026
Pour apprécier ce film à sa juste valeur, il faut sans doute entendre la langue de Thomas Mann, celle dont sa fille dit qu’il en a fait un château où se retrancher. Mais il ne s’y cache pas, il met à l’abri ses sentiments. Face au désastre, il regarde, affronte, puis traduit en mots d’une précision souveraine ce drame à la fois intime et mondial. Le noir et blanc en restitue admirablement la complexité : comme dans la réalité personnelle et historique, il n’est jamais simplement noir ou blanc, mais se déploie dans une infinité de gris.
Les discours de Mann sont bien historiques (publiés chez Suhrkamp à Francfort en 1949). Sa condamnation de la compromission des Wagner avec le nazisme l’est aussi, du moins dans l’esprit : il n’a cessé de dénoncer non seulement une esthétique dévoyée, mais tout un culte culturel allemand absorbé par le politique. L’ampleur du drame éclate lorsque le langage, soudain, se dérobe devant la musique — intacte, elle — dans l’église du Sauveur de Wałbrzych, en Pologne, (qui double ici l’Allemagne d’après-guerre). Alors l’émotion peut enfin surgir, non comme consolation, mais comme conscience tragique.
16 mai 2026
Nous sommes en 1949, l’Allemagne est fracturée en deux et Klaus, fils de Thomas Mann et frère d’Erika, déclare ne plus croire ni en la littérature, ni en la culture.
De littérature et d’art en général, il sera beaucoup question dans ce film magistral hanté par les paroles et le désespoir de Klaus. De plans fixes, aussi. Il faut dire que tout est bien « encadré » lors de ce voyage officiel de M. Mann. Et alors que l’écrivain ne voudrait parler que d’art, on le presse de choisir son parti, son Allemagne, lui qui a choisi l’exil. Les plans fixes successifs nous font ressentir une forme d’enfermement. L’un des rares travellings du film est une échappée : Erika, bouleversée par un drame familial et en conflit sourd avec son père, part se promener dans un parc. La caméra la suit, marchant au milieu des arbres, et c’est comme si la couleur apparaissait dans ce film d’un noir et blanc implacable.
Si l’art a failli, et n’a pu empêcher la montée du nazisme et la guerre, il libère les émotions et rapproche deux âmes en peine, comme nous le révèle de façon sublime la dernière scène, au son d’une cantate de Bach.








