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The Man I Love

Compétition
The Man I Love

Nationalité : U.S.A., France
Genre : Comédie musicale, Fantastique, Romance
Durée : 1h35
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Ira Sachs
Acteurs principaux : Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach

New York, fin des années 1980, Jimmy George, figure iconique de la scène théâtrale, vit en couple avec le plus tendre et attentionné des amants. Mais devant la mort qui lui est promise, la soif de vivre et de créer, de désirer et d’aimer, une dernière fois, est plus forte que tout.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Très vite, le spectateur peut se trouver dérouté par le comportement du personnage principal du film : une préciosité amplifiée, un talent exacerbé de séducteur, une désinvolture irrespectueuse, un narcissisme exaspérant ; mais ce n’est pour le réalisateur qu’un moyen d’aborder astucieusement les années 70-80 où une épidémie sévissait dans le monde artistique américain et qui ne disait pas son nom.
Une mise en abyme du monde du spectacle avec un jeu dans le jeu des tourments d’acteurs, de leurs certitudes et leurs doutes ; avec des personnages secondaires au service de la narration du malaise physique et existentiel d’un acteur qu’une communauté de fans adule au point de se perdre avec lui.
De ce contexte, le réalisateur nous en donne le moindre détail jusqu’à maitriser l’utilisation de certains accessoires emblématiques (comme le tourne disque). L’entourage (famille, partenaire) est également passé au scalpel du cinéaste, en miroir à la question centrale, celle de l’amour sincère : le trouve-t-on en se perdant dans le plaisir du sexe ou dans l’attention, le partage, le soin porté à l’autre ? Avec la dernière scène du film, le réalisateur s’est-il risqué à nous donner un indice de réponse en se focalisant sur le véritable personnage central de son film ?


New York, années 80, une nouvelle maladie déferle sur la scène underground de la communauté gay, non nommée dans ce film mais constamment menaçante comme l’ombre de la mort. Pourtant l’intérêt de ce film n’est pas le sujet du S.I.D.A. maintes fois traité au cinéma mais les profils de jimmy George, figure iconique de la scène théâtrale, incarné par le remarquable acteur/chanteur Rami Malek, tragique, flamboyant, fragile mais toujours en recherche d’amour, de fêtes, de créations, et de celui de son ami Dennis, amant de l’ombre et gardien de vie, protecteur fidèle.
En fait, l’utilisation en trame de fond du S.I.D.A. n’est pas sans intérêt puisque, même s’il y a encore aujourd’hui des guérisons inexpliquées cette maladie persiste : le film se comporte alors comme un lanceur d’alerte.
Le cinéaste nous fait osciller sans cesse dans l’alternance de scènes d’allégresse, de peur, de danse, de chansons, d’immobilité, de douleurs, de passion, de rage de vivre au seuil de la mort avec un accompagnement musical alternant les années 80 avec les chansons baroques des hautes-contre du XIe et XVIIe siècle, amplifiant un maelström de sensations. Film témoignage, sensoriel riche en émotion malgré notre position de voyeur, éminemment tragique.


Fin des années 80, dans le milieu homosexuel, c’est l’hécatombe. Le SIDA plane même si jamais le mot n’est prononcé dans le film par choix ou par pudeur… Jimmy George, un artiste de scène new-yorkais, répète son nouveau rôle, une chanteuse iconique. On le sent fragile, il sort d’un long traitement avec l’aide de son compagnon toujours présent, de sa famille compatissante et de son travail enthousiasmant. Cela ne lui suffit pas, il veut vivre intensément ses derniers mois et tombe dans les bras de son voisin au risque de lui transmettre la maladie. Inconscient, naïf ou coupable ? L’amour ne choisit pas… De toute façon, il est trop tard…
Il se bat, remonte sur les planches mais décline rapidement. La peur remplace l’espoir. Un requiem lyrique en fond musical contraste avec le disco des boîtes branchées. Qui d’autre que Rami Malek pour incarner ce personnage après avoir joué celui de Freddy Mercury ?
Touchant et attachant sans tomber dans le pathos et bien que ce sujet ait déjà été traité maintes fois, ce film nous rappelle que l’épidémie n’est pas finie même si on n’en parle plus. Il ne faut pas oublier qu’elle fait encore des ravages et que la trithérapie est si dure à supporter que certains préfèrent l’arrêter…