Nationalité : France
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h34
Date de sortie : 28 octobre 2026
Réalisateur : Rudi Rosenberg
Acteurs principaux : Hafsia Herzi, Nour Salam, Paulette Chetrit
Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)
17 mai 2026
Le film avance avec une pudeur rare sur un terrain pourtant brûlant : celui de la quête d’amour d’une enfant, puis d’une adolescente, quand cette recherche devient presque une nécessité vitale. Le film ne force jamais le trait, ne cherche ni l’effet ni le pathos. Il préfère les gestes retenus, les silences, les regards qui s’attardent un peu trop ou se détournent trop vite. C’est par touches sensibles qu’il fait sentir la violence de ce désir d’être aimé, reconnu, choisi.
Car il y a bien une violence dans cette attente : non pas spectaculaire, mais intérieure, sourde, tenace. Celle d’un être qui se construit en cherchant dans les autres une confirmation de son existence. Chaque absence, chaque maladresse, chaque promesse insuffisante devient une blessure minuscule et immense à la fois. Le film en saisit la cruauté sans jamais l’appuyer, avec une délicatesse qui n’adoucit pas la douleur mais la rend plus perceptible.
Quelques mots d’amour touche ainsi à quelque chose d’universel : cette enfance qui demande sans savoir demander, cette adolescence qui brûle de tendresse tout en apprenant à se protéger. La mise en scène épouse ces contradictions avec une grande justesse, comme si elle peignait moins une histoire qu’un paysage affectif. Un film fragile, précis, profondément humain, sur ce que l’amour promet, refuse et laisse derrière lui.
15 mai 2026
Rudi Rosenberg livre une tragi-comédie familiale puissante et bouleversante. La tendresse qui règne dans cette famille de Sarcelles n’a d’égal que l’humour des deux enfants : on rit, au moins dans la première moitié du film, souvent et de bon cœur.
Aucune facilité cependant. Erika est mère célibataire, Abigaëlle souffre de l’abandon de son père, Yoni est harcelé par ses collègues à l’école. Le besoin d’affection est immense. Mais il manque les mots pour le dire. Avec de telles blessures on s’invective facilement. Hafsia Herzi, au sommet de son art, dessine une mère généreuse et avisée, parfois impulsive et maladroite. La caméra saisit tout cela avec un réalisme quasi documentaire.
Sur le fond le sujet est terrible. La posture du père tient en une phrase : « Ta mère savait que je ne voulais pas d’enfant ». Le plaidoyer contre cet abandon est sans appel. Soit, mais Abigaëlle s’est construite sur un mythe, la conviction de l’amour de son père. Comment naître à soi-même avec pareil héritage ? La narration dessine subtilement un chemin sur deux périodes à 7 ans d’intervalle : apprendre à voir ce qui est bon, poser les mots et gestes de tendresse, se réjouir de l’affection d’un chien. « Pourrais-tu me dire simplement : Je t’aime » ? En définitive la recherche du père permettra l’éclosion d’une nouvelle relation mère - fille.








