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Paper Tiger

Compétition
Paper Tiger

Nationalité : Italie, U.S.A., Brésil
Genre : Drame, Policier, Thriller
Durée : 1h55
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : James Gray
Acteurs principaux : Adam Driver, Scarlett Johansson, Miles Teller

Deux frères poursuivent le rêve américain - mais ils se retrouvent empêtrés dans une sale affaire liée à la mafia russe.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Le tigre de papier n’est pas celui qu’on croit et Gary Pearl va l’apprendre à ses dépens. Face à la mafia russe, nouvellement installée à New York, il ne fait pas le poids. Si la ville, chère au réalisateur, est là au loin, le film se passe à sa périphérie, dans la banlieue pavillonnaire du Queens, lieu de résidence des classes moyennes.
Quand le rêve américain d’entreprendre et de gagner beaucoup d’argent vire au cauchemar, les gens honnêtes font face à un monde qui les dépasse. C’est cette confrontation qui est au coeur du film de James Gray. Il promène sa caméra au sein d’un famille soudée qui sort meurtrie, mais renforcée par les épreuves. La relation parents-enfants est solide et finement interprétée par les acteurs. La fratrie des adultes, que tout oppose, plie mais ne rompt pas. Le sens du sacrifice domine chez le frère qui cherche à rattraper sa faute, comme chez la mère de famille qui vit un drame intime en silence.
La mise en scène est sobre et maîtrisée. Le contraste jour/nuit est fort et semble symboliser le bien contre le mal. Paper tiger est un film noir psychologique, plus qu’un véritable film d’action. Il met surtout en valeur les qualités profondes des personnages unis par des liens du sang indestructibles.


Dans les films de James Gray, on le sait depuis Little Odessa, son premier chef d’oeuvre, il ne faut pas accepter d’alliance avec la mafia russe, même ici avec Adam Driver en grand frère protecteur, fort de son aura de vrai dur, séducteur et sûr de lui.
Mêlant la tragédie familiale au film noir, le réalisateur nous cueille par les sentiments en dessinant un engrenage subtil comme un orfèvre taille dans le tranchant d’un diamant. On ne peut y résister, grâce à l’incarnation douloureuse de ses acteurs (une mention spéciale pour Scarlett Johansson), à la justesse de l’ambiance douillette du foyer des années 80 face à la noirceur d’une ville déjà corrompue par ses problèmes de pollution, où la violence n’était pas si loin de son paroxysme.
James Gray nous fait aimer le cinéma à l’ancienne, où les héros nous émeuvent, avec la pureté de leurs faiblesses.
La tension est palpable à chaque scène mais cette famille reste unie même si le lien fraternel semble toujours proche de la névrose. C’est de l’amour qui se transmet, par les colères ou par le sacrifice.


Pour le contexte du récit, voilà à nouveau un film pour lequel le scénario ne comporte guère de surprise car cela ne peut pas bien se terminer quand on fricote avec la mafia russe !
Et Gary, le frère à qui tout réussit, nous le répète à plusieurs reprises "mon frère est un homme bien". Voilà une petite phrase anodine qui va montrer le lien indéfectible entre les deux frères si différents.
Et c’est là que se joue tout l’intérêt du film : qu’est ce qu’un frère ? Jusqu’où aller pour lui ? Comment exprimer l’amour familial et fraternel ? James Gray le décline à l’envie. Il sait pour cela entretenir le suspense par la bande son, le cadrage, les jeux d’ombres et de lumière qui rendent la nuit inquiétante pour cette famille innocente. La lutte bien/mal se joue plus subtilement dans le personnage de Gary qui n’est plus le policier incorruptible d’autrefois.
Une belle ode à la fraternité.