Nationalité : France, Belgique
Genre : Comédie, Historique
Durée : 2h30
Date de sortie : 30 septembre 2026
Réalisateur : Emmanuel Marre
Acteurs principaux : Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)
21 mai 2026
Le titre du film est aussi celui du livre que le personnage principal, Swann Arlaud, alias Henri Marre, ingénieur, a écrit sur l’optimisation des process du travail et de la production au début de la deuxième guerre mondiale afin de se refaire une santé financière. Pour ce faire, il gagne seul, laissant femme et enfants à leur domicile, Vichy où siège le gouvernement de Pétain.
Son opportunisme allié à des convictions politiques plutôt vichyssoises lui permet de gravir les échelons et ainsi de faire venir femme et enfants dans un appartement spolié aux propriétaires Juifs. La thématique en filigrane n’est pas qu’idéologie, convictions et résilience mais aussi la présentation d’une personnalité, d’une structure psychologique au comportement relativiste et anomique, relativement communs au temps de Vichy mais aussi au nôtre en esquissant un rapprochement osé. En voix off lors de la lecture des lettres qu’il reçoit pendant leur séparation, son épouse se montre vive intelligente, éduquée, amoureuse, ambitieuse. Elle est le véritable moteur de son ascension, ouvrant ainsi la place des femmes pendant le conflit, au droit de vote et plus tard aux trente glorieuses. Lors d’une scène finale sa lâcheté conduit Henri Marre à abandonner femme et enfants définitivement, dessinant un parallèle entre la débâcle de son couple et celle de la France.
Film tout en retenue, remarquable dans sa composition et dans l’analyse des rapports humains.
21 mai 2026
Notre salut est peut-être le meilleur film vu depuis le début du festival, précisément parce qu’il se tient loin de tout manichéisme. Inspiré de la correspondance entre les arrière-grands-parents du réalisateur, dont les lettres sont lues en voix off, il ne met pas face à face un héros impeccable et un salaud commodément haïssable. Le trouble est ailleurs, plus profond, donc plus inquiétant.
Henri Marre n’est ni une brute ni un monstre de mélodrame. Il est un homme pris dans une machine administrative dont il accepte les codes, les formulaires, les signatures. Lorsque vient le moment d’autoriser le carburant nécessaire aux camions qui déportent des Juifs, le film atteint son point de démonstration morale le plus implacable : la violence peut passer par un tampon, un bon, une procédure. Le protocole technocratique devient alors une manière de ne pas penser, ou de continuer à dormir à peu près droit (?) dans ses bottes. Les musiques anachroniques accentuent ce décalage, comme si le passé venait grincer dans notre présent.
La clé est dans le titre : Notre salut. Tout le film interroge cette subversion d’un vocabulaire chrétien qui en a abusé plus d’un. Le danger ne vient pas des salauds déclarés, mais de ceux qui croient aux mirages d’un « salut » humain, trop humain. Et c’est bien cela qui glace : le mal n’a pas toujours besoin de haine. Il lui suffit parfois d’une idée haute, d’un bureau bien tenu, et d’une une conscience assoupie dans le zèle. « L’enfer est pavé de bonnes intentions » (Bernard de Clairvaux)
21 mai 2026
Emmanuel Marre nous surprend sur le sujet pourtant « rebattu » de la seconde guerre mondiale. Il nous amène dans une plongée glaçante dans la France de Vichy.
Notre salut pose un regard politique, mais aussi un regard sur un personnage de second rang. Il nous permet ainsi de s’arrêter sur le contrechamp de l’Histoire officielle. Le film s’appuie sur un destin particulier, celui de l’arrière grand-père du réalisateur, qui donne un visage aux fonctionnaires anonymes de Vichy. Le réalisateur trace le portrait en mouvement d’un homme mais aussi de son époque. En plongeant son personnage dans le quotidien le plus trivial comme le plus déchirant, le film abolit la distance avec son anti-héros, dont les bassesses semblent souvent si familières.
Ce métrage a un langage cinématographique qui nous plonge dans une proximité sensorielle et émotionnelle. Il nous fait sortir des clichés visuels et stylistiques du film historique. En se concentrant sur les détails, le quotidien, cette œuvre nous permet de sortir de la figure du monstre. Notre salut ne revisite pas l’Histoire, il la filme dans son présent. Et Emmanuel Marre donne des visages à l’histoire.








