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Histoires parallèles

Compétition
Histoires parallèles

Nationalité : France, U.S.A., Italie, Belgique
Genre : Drame
Durée : 2h19
Date de sortie : 14 mai 2026
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs principaux : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Les trois thématiques abordées dans cet opus de 2h20 du réalisateur Asghar Farhadi - multi primé dans de nombreux festivals dont celui de Cannes (Grand prix du jury en 2021 et Prix du scénario en 2016) - sont le processus de création artistique, le passage du savoir et la manipulation des faits, passés à la moulinette de l’éthique
Le récit - complexe, riche, interactif, très dynamique servi par la succession de très nombreux plans courts et longs, d’images bougées et d’une multiplicité d’angles de vue qui nécessitent notre attention constante - en est le support pour Farhadi. Son moteur est la confrontation du réel à l’imaginaire puis à nouveau au réel et enfin à la manipulation de notre propension à l’interprétation négative, pour ne pas dire paranoïde et conflictuelle.
Nous ressentons une crédibilité parfaite, alors que nous sommes dans un monde où fiction et réalité se mélangent constamment pour alimenter la confusion comme aux fakes des réseaux sociaux et au complotisme.
Malgré cette confusion, la ligne narrative est parfaitement identifiée et débouche sur une situation dramatique où la fiction devient réalité.
Encore une très belle œuvre.


Asgar Fahradi, qui avait obtenu le prix du Jury œcuménique à Cannes en 2013 avec son film « Le Passé », revient en compétition en 2026 avec ce thriller psychologique qui révèle tambour battant un casting de premier choix confronté aux thèmes de la vie, que ce soit la vérité, la jalousie, le désir. Ce nouveau long métrage approfondit avec subtilité et humour la réflexion sur la fiction qui mêle réel et imaginaire.
Comme on sait que des droites parallèles finissent toujours pas se recouper à l’infini, on atteint avec ces "Histoires parallèles" un enchevêtrement et un dédale de situations aussi bien ubuesques que burlesques.
Ce scénario de haute voltige captive, tant il est ficelé de façon perspicace. Les personnages sont hauts en couleurs : une écrivaine en mal d’inspiration, une actrice de bruitage qui sautille dans un bac à sable pour mimer les pas sur la plage, etc. Et surtout, un jeune homme qui apparaît et vient mettre un gros grain de sable dans cet engrenage déjà bien enrayé.


Le vécu est-il plus fort que la fiction ? La question est au cœur de ce film qui déploie un jeu de poupées gigognes et nous offre un dialogue permanent entre réalité et imagination. Le réalisateur développe un récit non linéaire qui bouscule nos certitudes.
D’un point de départ aux faux airs hitchcockiens, évoquant Fenêtre sur cour, Histoires parallèles se fait perpendiculaire quand les lignes de vie des protagonistes se croisent pour se refléter en une poignante collection de solitudes. A partir de passions transgressives ou licites, ce film présente une méditation sur ce qui rythme la vie de nos contradictions vitales telles que raison/imagination, passé/présent certitude/doute, mortalité/éternité. Au thème des tensions conjugales et du pouvoir illusoire, chers au cinéaste, s’ajoute ici celui de l’aveuglement sur soi.
Pour son dixième long-métrage, s’inspirant librement du Décalogue 6 : Tu ne seras point luxurieux, de Krzystof Kieslowski, Ashgar Farhadi se livre à une réflexion sur la réalité et l’imaginaire, sur les ressorts de la création artistique et nous offre un film complexe et fascinant avec un casting impressionnant où les acteurs réalisent un jeu inédit à travers les personnages qu’ils incarnent.


Où se situe la barrière entre réalité et fiction ?
Pour s’inspirer de son prochain roman, Isabelle Huppert incarne ici une écrivaine épieuse de ses voisins : Vincent Cassel, Pierre Niney et Virginie Efira interprètent des bruiteurs consciencieux. Ils alternent entre faux-semblants et quiproquos (inconscients ?) et le spectateur s’interroge durant tout le film sur ce qui parait réel.
Grâce à des mises en abyme théâtrales, le réalisateur dérange dans ce trio (amoureux ?) pourtant bien rangé... La mise en scène de Farhadi fait sans arrêt des sauts entre imaginaire et réalité grâce à des plans majestueux sur des jambes qui passent d’un monde à l’autre ou encore ce fameux pied qui va se blesser plusieurs fois.
Citant ouvertement Les fiançailles de Monsieur Hire, Isabelle Huppert va jusqu’à s’exclamer "C’est la réalité que j’écris !" mais pourtant plus tard, elle dira "Mes histoires ne collent plus à l’époque". Éternelles remises en question sur son travail d’autrice, l’actrice semble trouver un successeur (sans le savoir) en la personne d’Adam Bessa.
Farhadi a par contre lui écrit une histoire sublime qui restera gravée dans nos coeurs ... et qui est plus forte qu’un simple "canard dans une bouteille, fruit de notre imagination"...