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La Más Dulce

Les Fraises
Un Certain Regard
La Más Dulce

Nationalité : France, Espagne, Maroc, Belgique
Genre : Drame
Durée : 1h41
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Laïla Marrakchi
Acteurs principaux : Nisrin Erradi, Hajar Graigaa, Fatima Attif

Hasna et Meriem quittent pour la première fois le Maroc. Elles rejoignent l’Andalousie comme saisonnières dans les serres de fraises, pour offrir une vie meilleure à leurs familles. Très vite, elles sont confrontées à la dure réalité de leur situation. Ensemble, elles vont s’insurger contre tout un système d’exploitation – au risque de tout perdre.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Dès le commencement du film, la musique rythmée et sombre accompagne l’étalement interminable des plastiques blancs s’agitant dans le vent. Les champs de fraises sont installés au pied d’usines polluantes que nous apercevons au loin. Dans ces couloirs de fraises, travaillent des ouvrières marocaines saisonnières qui sont exploitées. Le salaire promis à ces femmes par les propriétaires de ces exploitations n’est pas au rendez-vous. Dès leur arrivée, elles sont dirigées vers des baraquements de fortune qui s’étendent à l’infini, chacun étant numéroté. Nous croyons entrer dans un camp de prisonniers. Ces femmes ne sont pas considérées. Leur quotidien est éprouvant. Elles doivent se soumettre à la loi du plus fort, se taire. On les déshumanise. Ne parlant pas l’espagnol et souvent analphabètes, elles sont invisibles. Elles servent les hommes. Leur moyen de survie repose sur le lien qu’elles établissent entre elles et avec le rire présent dans ces chambrées. Elles ne sont là que pour gagner de l’argent, qui manque tant au Maroc pour se construire une vie digne. A travers leur prise de parole, cette lutte et cette solidarité entre femmes deviennent leur rattachement au monde.


La réalisatrice prend d’abord le temps de dresser le tableau presque documentaire de ces femmes embauchées pour la récolte des fraises, depuis leur recrutement au Maroc jusqu’à leur travail de cueillette et de tri en Andalousie. Les images de serres à perte de vue suggèrent l’envahissement de nos supermarchés, quelques scènes décrivent des conditions d’hébergement et de travail qui laissent pantois, signes d’une esclavage moderne.
Puis le rythme s’accélère soudain, et le scénario prend une ampleur inattendue. Un drame social désespéré se déploie dans la confrontation habile des problèmes propres à nos deux continents. D’un côté, la situation des femmes au Maroc – en particulier lorsqu’il est question de maltraitance sexuelle. De l’autre, la complaisance des autorités vis-à-vis des propriétaires agricoles.
Une avocate espagnole éprise de justice ose prendre la parole… trouvera-t-elle des témoins ? La réalisatrice met en scène des femmes combatives, et l’actrice Nisrin Erradi que l’on avait découverte avec Adam de Maryam Touzani délivre un jeu bouleversant. Mais le choc des cultures est total lorsque l’affaire se retrouve devant les tribunaux : leur parole sera-t-elle entendue par les juges espagnols ?