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La Frappe

Semaine de la Critique
La frappe

Nationalité : France
Genre : Drame
Durée : 1h44
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Julien Gaspar-Oliveri
Acteurs principaux : Diego Murgia, Bastien Bouillon, Romane Fringeli

Enzo, 19 ans et sa soeur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Soit un frère et une sœur de 19 et 21 ans vivant ensemble. Ils ont établi une relation fusionnelle, tendue entre le soutien qu’ils s’apportent mutuellement et des échanges verbaux souvent acerbes. Carla est à fleur de peau, Enzo laisse paraître une souffrance derrière son visage.
L’intrigue va se nourrir de l’absence des parents - autant que de leur présence. L’absence, c’est l’ombre de la mère biologique - il n’en est jamais question, c’est un père Anthony en prison depuis 5 ans (Bastien Bouillon aussi sympathique que malaisant), c’est une belle-mère qui les a abandonnés.
A l’annonce de son retour, pourquoi donc Enzo se prépare-t-il à l’accueillir tandis que Clara entre dans une colère noire ? Anthony se met d’abord dans le sillage du fils pour l’aider dans son activité de commerce ambulant… mais le naturel revient au galop, il ne peut s’empêcher de diriger et Enzo se soumet… au-delà de l’imaginable. Depuis quand, et surtout jusqu’à quel point a-t-il exercé son emprise dans le passé ? La colère de Clara est-elle justifiée ? Une victime est en danger tant que la vérité n’a pas été reconnue, tant que les blessures n’ont pas été soignées, avec un risque de décompensation dans une explosion de violence. C’est un film concis et stupéfiant, sombre, mais ô combien nécessaire.


Comment rester émotionnellement stable quand sa mère est partie et que son père abusif est en prison ? Enzo et sa sœur Clara, jeunes adultes, tentent de garder la tête hors de l’eau et de vivre leur vie à Marseille -même si elle est bancale. Mais quand le père, Anthony, refait surface, toutes les blessures étouffées le font aussi. L’un veut pardonner et espère, l’autre n’y parvient pas. Dans ce semblant de famille retrouvée, commence à se mettre en place un triangle de Karpman, dans lequel chacun devient à tour de rôle bourreau, sauveur et victime.
La lumière dans le regard d’Enzo veut percer les ténèbres. Il est foncièrement gentil mais sa part d’ombre atavique le taraude. Il sait qu’il ne veut pas devenir comme son père mais il est tiraillé par l’admiration qu’il lui porte. C’est son modèle, il veut lui ressembler, il l’aime. Syndrome de Stockholm ou amour filial ? Pervers narcissique, Anthony en profite pour asseoir son ascendance sur lui. Bien que connaissant ses travers, il ne demandera jamais pardon. L’âme d’Enzo a des bleus, ses pensées vrillent, son corps frappe. Le cerveau se protège en rentrant dans le mutisme. Voilà un film puissant qui attise notre compassion pour ces vies déchirées.