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La bola negra

Compétition
La bola negra

Nationalité : Espagne, France
Genre : Drame
Durée : 2h35
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Javier Calvo, Javier Ambrossi
Acteurs principaux : Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau, Penélope Cruz

Espagne 1932, 1937, 2017. Trois hommes. Trois époques. Un même fil invisible de désir, de douleur et d’héritage. LA BOLA NEGRA traverse le temps pour révéler ce qui les unit.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Il y a inspiration entre d’une part l’œuvre littéraire, la Piedra Oscura du dramaturge Alberto Conejero qui conte la relation homosexuelle de l’immense poète symbolique espagnol Garca Lorca avec le footballeur Rapun, les écrits de Lorca dont la bola negra, pièce théâtrale et d’autre part, ce film, d’où le titre.
L’action se situe pendant la guerre civile espagnole opposant nationalistes fascistes et républicains : Lorca est mort, tué par les phalanges nationalistes et sa pièce, inachevée est en possession de son partenaire amoureux. Il s’en suit un récit à tiroirs, mêlant trois séries de personnages et leurs descendants, le poète, le footballeur et le tueur amoureux de ce dernier, Sebastian, nationaliste, chargé de le surveiller : Belle intrigue.
Ce récit est soutenu par l’idée que les consignes de transmission, surtout quand il s ‘agit d’une œuvre artistique reflétant l’âme du créateur, sous-tendues par des liens affectifs amoureux forts, sont quasi sacrées et impliquent que le destin devient la ligne de force de leurs vies : la bola negra, la boule noire qui roule, est l’œuvre qui passe de mains en mains aux idéologies divergentes et représente le symbole de ce destin. Bien sûr, le cinéaste essaie, par sa mise en scène, ses images, ses dialogues, de nous mettre dans la poétique de Garcia Lorca et il y parvient car, même si ce personnage n’est pas très présent à l’écran, il y est atmosphère : Film à l’unité temps comprimée, onirique et poétique.


En toile de fond de cette histoire, il y a la guerre d’Espagne, le destin du poète Frederico Garcia Marquez, et la violence multiforme contre les homosexuels à l’époque. La plongée dans l’Espagne des années 30 est aussi lumineuse sur le plan cinématographique que sombre dans sa narration.
Alberto reçoit en 2017 l’œuvre d’un grand poète en héritage de son grand père… Comment ce document est-il parvenu jusqu’à aujourd’hui ? Il va découvrir le fil d’une transmission bien aléatoire du poète à un camarade républicain puis à un combattant fasciste, une histoire dramatique que les allers-retours temporels du film rendent palpitante : comme Alberto, le spectateur est un peu perdu… mais il s’y retrouve à la fin.
La boule noire symbolise le rejet. L’homosexualité traverse les époques et les personnages du film. Elle entraine des non-dits qui brisent la confiance. Mais elle agit aussi comme ressort d’humanité, au-delà des convictions et des affrontements. Heureuse est notre époque ! Même si l’Espagne n’en a pas fini avec les douleurs de son histoire : une chape de silence pèse encore aujourd’hui.
La découverte de la poésie de Garcia Lorca, difficile mais portée par des images symboliques de toute beauté, n’est pas le moindre des enchantements de ce film !