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L’Abandon

Hors-Compétition
L'Abandon

Nationalité : France
Genre : Drame
Durée : 1h40
Date de sortie : 13 mai 2026
Réalisateur : Vincent Garenq
Acteurs principaux : Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali

Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Efficace, rigoureux, sobre, bien construit, factuel et émotionnellement révoltant, tels sont les qualificatifs que nous pourrions utiliser en regardant ce film très bien documenté de Vincent Garenq sur la tragédie de Samuel Paty, Professeur d’histoire au Collège de Conflans-Sainte-Honorine en octobre 2020. Le cinéaste s’est entouré de la sœur du Professeur, Mickaelle Paty et s’est inspiré du livre enquête de Stéphane Simon : « Les derniers jours de Samuel Paty »
Et c’est réussi car Antoine Reinartz, tout en retenue, semble plus vrai que nature dans la sincérité du bon droit du Professeur au début des événements, puis dans le doute et enfin dans la peur. La forme du film est classique, ce qui le rend plus vrai. La volonté de Garenq dans le fond ne semble pas de défendre une idéologie ou une version biaisée de l’action mais plutôt de s’approcher au plus près du réel et de défendre la vérité, quitte à se mettre en danger dans ce sujet délicat et explosif car la liberté d’expression est à ce prix en cette période géopolitique agitée. D’ailleurs, le titre reflète bien l’autre aspect du film : l’abandon des autorités de tutelle, employeurs, police, justice, technocratie administrative et la lâcheté de certains de ses collègues.
A voir, pour se souvenir que les valeurs défendues dans une démocratie laïque et républicaine, nécessitent de se battre à chaque instant : rien n’est acquis. Nous sommes souvent seuls face à l’adversité.


Il y a des films aux sujets difficiles.
L’abandon en fait partie. Mais c’est avec sobriété et une rigueur exemplaire que Vincent Garenq raconte les événements autour de la mort de Samuel Paty, s’attachant à décrire les protagonistes, leurs actes et les sentiments qui les traversent, avec la plus grande justesse. Parmi eux, Samuel Paty, un enseignant respectueux de ses élèves, convaincu du bien-fondé de son cours, croyant aux vertus de la raison et du dialogue ; la principale, prise en étau entre la pression montante et le poids des procédures administratives ; la jeune Bachira et son père, emportés dans un engrenage dont ils ne mesurent pas la portée. Face à eux, l’assassin reste dans l’ombre, une silhouette vouée aux ténèbres.
Cette reconstitution de l’engrenage fatal, extrêmement bien documentée et à la visée pédagogique assumée, met en lumière, malgré de réelles bonnes volontés, une chaîne de défaillances, de lâchetés, une succession d’abandons.
Si inévitablement l’émotion nous étreint, L’abandon nous rappelle aussi avec force la valeur de la parole, de la vérité et du dialogue, dans un contexte où les raccourcis, les slogans et les emballements des réseaux sociaux tiennent lieu de pensée.


Vincent Garenq s’attache, une fois de plus, à disséquer des affaires où des existences ordinaires sont happées, puis broyées, par la violence des mécanismes à l’œuvre. Des œuvres ultra-documentées, précises sur le déroulement des faits, avec la question : comment se met en place un engrenage suivi d’un emballement au détriment de la vérité ?
Si dans ses films précédents, Garenq se focalisait sur les rouages judiciaires, l’assassinat de Samuel Paty devient le symptôme de fractures bien plus profondes touchant à l’école, à la laïcité et au fonctionnement du débat public.
Sujet à vif, le film a été tourné dans la plus grande discrétion et n’est dévoilé qu’après le verdict en appel rendu, condition nécessaire pour déplacer le regard de l’émotion brute vers la compréhension. La construction du film développe une progression implacable dans sa démonstration d’un fait micro-local (un cours) à un traumatisme national. Entre les deux, Garenq décrit méthodiquement les engrenages de la circulation d’une rumeur, amplifiée jusqu‘à devenir vérité pour certains, initiée par une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Ce film est un choc.