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Histoires de la nuit

Compétition
Histoires de la nuit

Nationalité : France, Belgique
Genre : Drame, Thriller
Durée : 1h54
Date de sortie : 16 septembre 2026
Réalisateur : Léa Mysius
Acteurs principaux : Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

L’éclectisme de la sélection cannoise se manifeste dans ce thriller à la limite du film noir ; du beau cinéma, par la mise en scène, par ses images colorées et lumineuses (même de nuit !), par son casting de choix emmené par Benoît Magimel et Hafsia Herzi. Pour amateur du genre, car quelques moments de crispation attendent le spectateur !
Mais il n’est pas que cela, car le scénario entrecroise habilement deux drames familiaux avec des personnages qui tous ont leurs raisons – bonnes ou mauvaises - de parler ou de se taire, de fuir ou d’agir. Et qui à un moment ou à un autre se retrouvent sur le fil avec un choix à faire.
D’un côté, une fratrie emmenée par un frère profondément blessé… Le sentiment d’injustice qui l’habite depuis des années explose en une vengeance sadique qui pourrait emporter deux familles entières. Des voyous emmenés par le grand frère, aussi méchants que fragiles à l’intérieur, taraudés par le désir d’une vie normale.
De l’autre, une famille ordinaire, avec des parents qui ne se parlent pas assez et une jeune adolescente révoltée. Crise d’adolescence avant l’heure semble-t-il… Mais pourquoi donc ? Il y a peut-être des vérités qu’il n’est pas bon d’avoir tues. La question de l’identité fair alors irruption.


Cette réalisatrice est connue pour mettre en scène des histoires singulières mêlant réalisme magique et difficultés sociales. Avec un tel titre de film, on peut se demander ce qui se cache dans les nuits de nos existences ? De quels gouffres et inquiétudes, nos vies sont-elles faites ?
S’inspirant d’un ouvrage de Laurent Mauvignier, Léa Mysius explore les zones instables. Elle travaille la sensation avant le spectaculaire. Elle s’intéresse aux corps, aux perceptions, aux liens familiaux qui se déforment sous la pression du passé.
Avec ce film, on suit les histoires, les points de vue, les tracas, les blessures et les doutes de chacun. Tous possèdent une rouille humaine, des zones d’ombre, des secrets et des raisons de les cacher.
La réalisatrice met en oeuvre le film History of violence dans le cadre d’une France rurale. Elle travaille avec précision tous les aspects et toutes les connections possibles concernant les dualités : deux maisons, deux familles, deux vies, deux amis, deux amours, deux classes sociales. Elle multiplie les regards, tous s’observent. Elle construit un film mélancolique, un thriller acéré, dépouillé et tendu. C’est un drame contemporain en quasi huis-clos sur la famille et le retour ténébreux du passé.


Cette œuvre cinématographique, maïeutique par la révélation et herméneutique par la signifiance - exprimée dans sa deuxième partie par la violence scénographique et des dialogues - nous interpelle sur notre vie enfouie secrète et quasi coite, qui ne partage qu’avec le coin sombre de nous-mêmes. A son service un narratif élaboré, pesant, inquiétant qui nous tient en haleine car l’intrigue est bien soutenue par le suspens : c’est très trouble, enfermé et hitchcokien.
Quant à la forme, très analytique et linéaire, elle nous captive par son apparente fluidité, par le jeux entre l’espace et le temps, par une lumière et des images explicites, qui - par les émotions et l’aspect sensoriel - nous projette dans l’imaginaire mystérieux et fantomatique de la vie rurale, isolée dans une campagne reculée, propice aux secrets : c’est du très bon cinéma très bien servi par cinq acteurs principaux : Hafsia Herzi rayonnante, Monica Belluci, froide et très professionnelle, Benoit Magimel, en interprète fantasque et expressif, Bastien Bouillon, sobre mais essentiel et la jeune interprète prometteuse, Tawba El Gharchi alias Ida : bonne projection !