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Dora

Quinzaine des Cinéastes
Dora

Nationalité : France, Corée du Sud, Luxembourg
Genre : Drame
Durée : 2h17
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : July Jung
Acteurs principaux : Sakura Andô, Kim Do-Yeon

Dora est une jeune fille qui souffre d’une maladie qui l’affecte tant sur le plan physique que mental. Lorsqu’elle tombe amoureuse, un chemin de guérison commence.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

July Jung part d’un matériau narratif de base bien identifié puisque Dora est une libre adaptation du cas Dora, l’un des cas d’étude les plus connus de la psychanalyse freudienne, devenu l’un des symboles du concept d’hystérie.
La réalisatrice a fait une adaptation très libre et très contemporaine du cas de Dora transposé dans la Corée du Sud d’aujourd’hui, sur une île. July Jung rend sa parole à Dora, écoute la souffrance d’une femme que personne n’a voulu écouter ni croire.
Elle est présentée comme une héroïne tragique, une victime toute désignée de tous les maux de la société libérale patriarcale de la Corée actuelle. Dora infuse son poison par petites touches et fragilise l’équilibre précaire de la jeune fille. Le film développe une empathie pour Dora, et se positionne toujours de son point de vue.
Signalons que ce métrage traite aussi de la question du désir, et notamment celui d’une jeune femme, traité d’une façon que l’on ne voit que rarement dans le cinéma coréen.


Que peut-on ressentir face à la détresse et la souffrance de cette jeune fille Dora incarnée par Do-yeon Kim, porteuse d’un eczéma phlycténulaire : pitié, douleur, compassion, dégoût, empathie, peur ou tout cela à la fois ? A chacun son affect en fonction de sa personnalité et de son vécu. Pourtant la cinéaste ne cherche pas forcement à induire ces réactions mais plutôt à tenter d’expliquer le pourquoi du regard masculin sur cette conversion hystérique de la souffrance morale, en relation avec les liens affectifs construits avec les parents et les proches.
C’est en cela que la référence à Freud est pertinente dans le titre du film -ou plutôt avec Lacan- dans le sens où la découverte de la sexualité au travers des scènes non pornographiques et de la relation amoureuse avec Nami, la maîtresse de son père, n’est pas satisfaisante et ne le sera jamais.
D’ailleurs, dans ses plans, July Jung induit par le langage, les attitudes, les regards, des symboles et métaphores dont la plus évidente est celle de la grotte pour le retour in utero afin de renaitre, le rejet de la mère défaillante dans son amour maternel.
Mais il n’y a pas besoin d’être psychanalyste pour nous faire réfléchir, tant le talent de la réalisatrice et de son équipe nous procure des sensations : une œuvre forte, difficile, bien construite : à ne pas manquer pour qui cherche l’altérité et la compréhension de l’âme féminine !