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Coward

Compétition
Coward

Nationalité : Belgique, France, Pays-Bas
Genre : Drame, Historique, Romance
Durée : 2h00
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Lukas Dhont
Acteurs principaux : Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz

Le jeune soldat Pierre veut faire ses preuves sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Derrière les lignes, il rencontre Francis, chargé de remonter le moral des troupes.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Traiter de la problématique Queer sur fond de boucherie de première guerre mondiale est surprenant à première vue. Mais si nous écoutons bien, une chape de silence politico- sociale recouvre ces réalités et en se brisant, nous ouvre les yeux non seulement sur la violence humaine mais aussi sur l’homosexualité masculine et sa composante féminine dans ce cadre abject teinté du virilisme et du broyat des corps. C’est osé, flamboyant, incandescent, tant les regards, les baisers échangés et les corps mêlés sont chauds dans un univers glacial. L’esthétique artistique, éthique et sensorielle, du cinéaste et du chef opérateur nous émeuvent. Une touche douce-amère dans le propos nous montre le désastre de la guerre, les corps brisés mais aussi dans un contre-pied, la douceur des gestes de ces êtres jeunes, inexpérimentés, qui passent par la case découverte : le désir avant l’expression du plaisir. Puis, la séparation qui, par ellipse, donne le titre au film, mais qui est en réalité un acte de courage de l’intime.
C’est aérien mais nous sommes perdus par les allers et retours du bien et du mal : c’est l’antinomie parfaite : la guerre/la mort/la lâcheté/la violence et la vie /l’amour/la sensibilité/l’avenir. Enfin viennent, avec les images finales, la renaissance : aucune déception !


Nous retrouvons ici la signature du réalisateur Lukas Dhont (Girl, Close) qui travaille avec beaucoup d’élégance le sujet de la vulnérabilité émotionnelle et de la masculinité fragile. Le propos est osé de juxtaposer l’horreur de la guerre et de ses tranchées et les spectacles queer. Mais effectivement des photos d’archive attestent de cette réalité.
1916 : le jeune Pierre se retrouve donc à l’arrière du front avec d’autres : leur mission est de soulager les soldats et maintenir leur moral. Cela passe par la récupération des blessés mais aussi par le jeu, la chanson, et pourquoi pas le spectacle ? Dans ce monde d’hommes Francis crée un spectacle queer. Entre Pierre et Francis, dès leurs premiers échanges de regards appuyés, nous savons que tout est dit. Mais le film prend son temps, avec l’alternance des champs de bataille dans la boue, des corps déchiquetés, du bruit des explosions et de la douceur des chansons. La beauté des costumes et la chorégraphie invitent à l’évasion, au rêve, au désir ou tout simplement à la résistance.
Ce film nous touche profondément par sa pudeur et sa tendresse, avec un jeu d’ acteurs admirable. Coward signifie lâche : est-il plus courageux de combattre ou d’aider à résister ?


1916 : des centaines de jeunes gens sont envoyés au front à la frontière belge. De nouveaux arrivages de “bleus” débarquent régulièrement par wagons entiers. Le réalisateur, par la répétition des scènes, nous montre que les jours se suivent, tous aussi durs et affreux. Entre la peur viscérale dans les tranchées et l’horreur de ramasser les corps, ils essaient de se distraire tant bien que mal. Francis est le plus créatif et devient un véritable meneur de revue dont le succès va jusqu’aux oreilles des officiers. Avec d’autres collègues, ils jouent pour faire fuir l’angoisse. Ici le pouvoir de l’imagination et de l’humour prend une dimension humaine émouvante, porté par des séquences débordantes d’originalité et de beauté burlesques. Certains y voient un moyen de remonter le moral des troupes tandis que d’autres pensent qu’ils dansent alors que des soldats meurent. Pierre admire Francis - incarnés par Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, magnifiques dans leur rôle respectif -, admiration qui devient amour auréolé d’une poésie toute verlainienne. Quand on est sensible, comment vivre dans cette boucherie, la boule au ventre et la fatigue au cœur ? Est-on lâche, couard, ou courageux au contraire, quand on sait que les déserteurs sont fusillés au même titre que l’ennemi ?