Nationalité : Rwanda, Gabon, France, Norvège
Genre : Drame
Durée : 1h41
Date de sortie : Prochainement
Réalisateur : Marie Clémentine Dusabejambo
Acteurs principaux : Clémentine U. Nyirinkindi, Kesia Kelly Nishimwe, Arivere Kagoyire
Rwanda, 2012. Après le génocide des Tutsis, des tribunaux populaires sont mis en place pour apporter justice et réconciliation. Vénéranda, survivante, est convaincue de la nécessité de ces procès. Malgré les pressions, elle organise des séances de discussion entre victimes et familles de bourreaux. Mais lorsqu’elle apprend la grossesse inattendue de sa fille, elle doit faire face à ses propres contradictions et aux parts sombres de son passé.
(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)
21 mai 2026
C’est la la première fois, qu’un film rwandais est présenté au festival de Cannes. Ce long métrage s’intéresse au génocide à travers le pardon. Cet opus a demandé dix ans de travail : dix ans pour récolter des témoignages et gagner la confiance de femmes rwandaises qui ont vécu dans leur chair le génocide de 1994, et pour écrire le scénario de cette fiction, bien documentée.
Marie Clémentine Dusabejambo nous offre un premier film sur les tribunaux populaires - afin de favoriser « la justice et la réconciliation » entre les Rwandais - au travers des femmes victimes, qui tentent de survivre aux viols et aux massacres de leurs proches.
« Je pardonne » est une des premières phrases du film, prononcée par l’héroïne, qui absout le bourreau de sa famille.
La réalisatrice reconstitue habilement les émotions contradictoires de ces personnages engagés dans cette justice réparatrice, confronte aussi les plus jeunes aux générations précédentes qui transmettent leurs traumas sans jamais s’expliquer et explore l’humanité de chacun. Elle filme souvent en très gros plans pour mieux faire sentir la douleur. M.C Dusabejambo ne désigne personne par son ethnie et ne donne aucun repère historique. Elle reste attachée aux mots, avançant en équilibre face à l’indicible.
20 mai 2026
Au pays des mille collines, au Rwanda, tout n’est pas parfait en 2012, malgré la politique de rapprochement institutionnelle prônée par le gouvernement entre Tutsi et Hutu. Cette politique publique de justice et pardon s’est formalisée sous forme de tribunaux populaires, les Gacaca qui permettaient à l’ethnie Tutsi de libérer sa parole. Mais au stade individuel, ce n’est pas le même discours : la béance créée par la disparition d’êtres chers ne passe pas et même pour certains, le pardon et les regrets affichés ne sont qu’illusions voire hypocrisies.
De ce fait, se constituent des groupes privés de civils, afin de libérer les non-dits.
C’est ce que montre la cinéaste en choisissant une famille et plus particulièrement celle de Vénéranda, une survivante, qui prône le pardon, sa sœur Suzanne qui préfère la réalité des faits et la justice et sa fille Tina tournée sur son avenir, son émancipation et en recherche de l’identité paternelle. Il s’ensuit une catharsis familiale qui fait s’exprimer les vieilles rancunes.
Le scénario est bien construit autour des trois pôles - tribunaux, groupes civils de parole et milieu familial - permettant ainsi de faire le tour de cette société avec une sincérité et une authenticité des interprètes qui donnent un réalisme saisissant.
19 mai 2026
C’est un film profond et somptueux ! Rarement on aura vu une si belle mise en scène dans un film venu d’Afrique noire avec des gros plans sur visages aussi expressifs. Et au passage, quelques belles images du pays des mille collines.
La réalisatrice explique que "Ben’Imana a mûri sur une dizaine d’années ; c’est un film sur ce qui nous sépare et ce qui nous répare". Car raconter des faits indicibles ne peut être que le fruit d’un long chemin - au Rwanda cela se heurte à une profonde culture du silence - : "chez nous, certaines choses ne se disent pas".
C’est un film de femmes car "les hommes sont morts ou en prison" ! Mères ou épouses de génocidaires, mères ou épouses de victimes, elles se côtoient tous les jours et sont invitées par Vénéranda à poser des paroles sur leur vécu et à pardonner, comme elle-même a pu le faire.
Mais la grossesse de sa fille Tina sert de moteur à une narration qui va questionner ce pardon : "arrête avec ton pardon, dis la vérité, toute la vérité !" Elle interroge aussi l’identité, car beaucoup d’enfants sont nés à la suite des viols commis pendant le génocide. Au-delà des mots, il y a la naissance, l’instant où le cœur bascule.








