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Amarga Navidad

(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Avec Douleur et gloire, on pensait que Pedro Almodóvar avait tout dit. Qu’il avait, en quelque sorte, écrit ses mémoires. Et pourtant, il restait quelque chose, notamment la mise en garde de sa mère : « Ne mets pas ça dans tes films. L’autofiction, ça ne me plaît pas. » Une phrase comme un fil tendu entre la vie et le cinéma et c’est ce fil qu’explore Autofiction avec une lucidité presque désarmante.
Ce métrage avance sur une ligne de crête : jusqu’où peut-on aller quand on puise dans le réel ? A-t-on le droit d’utiliser les douleurs des autres pour nourrir ses histoires ?
Autofiction pourrait ressembler à une pièce de théâtre, tant la parole y devient centrale, presque dangereuse. Ce que l’on prenait pour une variation élégante sur les thèmes de prédilection d’Almodovar devient soudain une mise à nu. Le cinéaste regarde ses propres gestes, ses propres emprunts, et reconnaît les zones troubles de son travail. L’autofiction devient un terrain miné. Ce récit multiplie les pistes narratives, petit à petit il se resserre sur son sujet qu’il ausculte avec une verve cruelle, où la dureté n’exclut pas une forme grinçante de drôlerie. Le film est au cœur de la création almodovarienne, il creuse son obsession de toujours : la malédiction de créer dans une forme intime.