Nationalité : Espagne
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h51
Date de sortie : 20 mai 2026
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Acteurs principaux : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón
Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)
21 mai 2026
D’où vient l’inspiration ? Rien ne sort de rien et les écrivains sont souvent des éponges qui absorbent la vie des autres. Almodovar choisit de monter son film avec des va-et-vient entre la réalité et sa fiction pour montrer comment l’entourage peut influencer le déroulement d’une histoire. Son personnage principal est Raùl, un cinéaste qui écrit sur Elsa, une romancière, mais c’est en fait de lui qu’il parle. Cette double mise en abyme lui permet de se livrer, tandis que Raùl utilise la projection sur une femme, pensant ainsi ne pas être démasqué. Le compagnon d’Elsa, pompier et stripteaser, est donc celui de Raùl qui n’est autre que le sien, Fernando Iglesias. La dramaturgie est liée aux douleurs et aux confidences de ses proches qui lui reprochent de révéler leur intimité sans leur accord. Alors la vraie question est : jusqu’où peut-on aller dans l’écriture ? On comprend dans cette autobiographie qu’il est sujet à des crises d’angoisse, qu’il s’investit à 100% dans son métier et que sans le cinéma il s’effondre. Est-ce une raison pour blesser ? Peut-il retrouver son génie créatif à n’importe quel prix ? En tout cas, Almodovar, bien qu’auto-complaisant dans ce film, aime ses acteurs et cela se voit !
20 mai 2026
Avec Douleur et gloire, on pensait que Pedro Almodóvar avait tout dit. Qu’il avait, en quelque sorte, écrit ses mémoires. Et pourtant, il restait quelque chose, notamment la mise en garde de sa mère : « Ne mets pas ça dans tes films. L’autofiction, ça ne me plaît pas. » Une phrase comme un fil tendu entre la vie et le cinéma et c’est ce fil qu’explore Autofiction avec une lucidité presque désarmante.
Ce métrage avance sur une ligne de crête : jusqu’où peut-on aller quand on puise dans le réel ? A-t-on le droit d’utiliser les douleurs des autres pour nourrir ses histoires ?
Autofiction pourrait ressembler à une pièce de théâtre, tant la parole y devient centrale, presque dangereuse. Ce que l’on prenait pour une variation élégante sur les thèmes de prédilection d’Almodovar devient soudain une mise à nu. Le cinéaste regarde ses propres gestes, ses propres emprunts, et reconnaît les zones troubles de son travail. L’autofiction devient un terrain miné. Ce récit multiplie les pistes narratives, petit à petit il se resserre sur son sujet qu’il ausculte avec une verve cruelle, où la dureté n’exclut pas une forme grinçante de drôlerie. Le film est au cœur de la création almodovarienne, il creuse son obsession de toujours : la malédiction de créer dans une forme intime.








