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Little Joe

(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Alice aux pays des merveilleuses fleurs transgéniques nous entraîne dans un monde inquiétant. Phytogénéticienne, elle doute comme tout bon scientifique et s’interroge sur les conséquences néfastes que la manipulation génétique de la fleur Little Joe peut avoir sur la santé comportementale des êtres vivants : en effet, le docile chien de Bella, sa collègue, devient agressif ; Joe, le fils d’Alice, entre bien trop rapidement dans sa crise d’adolescence et son collaborateur Chris semble la harceler plus que normalement de son amour incompris.
Tandis que l’ambiance intense et tendue nous tient dans une haleine hitchcockienne, la musique électronique atone du japonais Teiji Ito pénètre profondément nos consciences ainsi que celle de notre froide et précise protagoniste, Alice.
Un vrai sujet d’éthique et d’actualité sur les Organismes Génétiquement Modifiés que la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner traite avec brio tout en amenant le spectateur à l’effet de distanciation maîtrisée.


Visuellement très réussie, l’invention de la fleur transgénique "Little Joe" donne au film de Jessica Hausner, par la magie du numérique fractalisé, des images éblouissantes de pousses identiques mais toutes singulières, dont la carnation parfaite évolue, au fil du récit, de charmante en inquiétante, puis menaçante, puis terrifiante.

Dans le décor d’enfermement où évoluent les personnages, cages et colonnes de verre d’une serre géante ou couloirs aveugles et bureaux à ordinateurs, le défi cinématographique est de faire percevoir autrement que par des mots la transformation qui s’exerce dans la psyché des protagonistes : ils deviennent imperméables à tout ce qui ne va pas dans le sens de l’obsession dont ils sont devenus victimes. On pourra y trouver une illustration des craintes autour du génie génétique, mais le syndrome de ’blocage idéologique’ à l’œuvre dans Little Joe nous renvoie à des maux angoissants de notre temps, du sectarisme au djihadisme ou à la complaisance narcissique des réseaux sociaux.