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Cosmopolis

Sélection Officielle
Cosmopolis

Pays : Français, Canadien, Italien, Portugais
Genre : Drame
Durée : 1h48min
Date de sortie : 25 Mai 2012
Acteurs principaux : Robert Pattinson, Juliette Binoche, Paul Giamatti
Réalisateur : David Cronenberg

Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville.
Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner.
Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.


(L'avis exprimé par les rédacteurs de cette rubrique est indépendant du travail et des choix du Jury oecuménique.)

Imaginons que nous avons fait un bond dans le temps, dix ans, vingt ans peut être.
Le film flirte avec la science-fiction, la limousine interminable d’ Eric Parker se déplace en apesanteur dans les rues de New York. Il règne dans les rues une atmosphère d’émeutes, on dirait de "fin de règne". Sujet intéressant : la haute finance a tout perverti, nous avons perdu nos vraies valeurs, c’est la fin car le matérialisme a tout envahi. Mais qu’est ce qui fait que le propos ne semble pas fonctionner, alors que nous sommes gagnés par l’ennui ? Les dialogues sont plats et ont même une certaine prétention philosophique. Eric Parker est un golden boy blasé, il sent que sa vie n’a plus de sens. Des femmes défilent dans le salon de sa voiture, il leur fait l’amour, et puis il semble consentir à les écouter. La voiture est attaquée par des hommes hirsutes, une sorte de "lumpenproletariat"du XXI ème siècle, qui brandissent des rats au nez du golden boy, lequel est obnubilé par une spéculation tactique sur le yuan qui a échoué, et apparemment il tente de croire qu’il va se refaire. Dialogues souvent indigents et prétentieux (on cite même Saint Augustin !). La rencontre avec le personnage appelé Benno Levin, vivant en marge du système et victime de ce système, aurait pu donner un dialogue de haute tenue sur ce monde qui va droit dans le mur. Las ! l’absence de hauteur de vue et de pensée féconde rend la séquence ennuyeuse. Dommage on attendait mieux de l’excellent cinéaste que nous avions admiré dans Crash A history of violence etc.


David Cronenberg réussit enfin, après « A dangerous method », le grand film qu’on attendait de lui depuis longtemps. Plus besoin de violence ou d’excès pour dénoncer ce qui va mal dans la société actuelle, les grands auteurs savent accéder un jour à la simplicité. Il suffit ici d’une longue limousine blanche (déjà la vedette du film de Léos Carax, coïncidence révélatrice dans ce Festival) et d’un jeune milliardaire à qui tout a réussi jusque là, qui parcourt en vingt quatre heures la ville de New York. Au long de cette journée, à travers ses diverses rencontres, on sera constamment au cœur des problèmes de notre société : le règne absolu de l’argent, pour ceux qui savent maîtriser le temps jusqu’aux nanosecondes, le lien entre haute technicité et capitalisme, l’art dominé par le règne de l’argent (la galériste jouée par Juliette Binoche propose au milliardaire qui en rêve un Mark Rothko « lumineux »), l’atmosphère de fin du monde, proche de l’apocalypse (une émeute dans les rues de New York), une déshumanisation généralisée. Fait exception une scène chez le coiffeur, vieil ami de la famille, où enfin une dimension humaine s’exprime. Un final lugubre, entre ce jeune Eric Parker et celui qui voulait le tuer, devient un long dialogue « philosophique », un jugement sans appel sur notre société « Vous êtes déjà un mort », lui crie son adversaire. Mais il ajoute aussitôt : « Ce que je voulais, c’est que vous me sauviez ! ». Et le film s’achève, sans conclusion, sur cette parole.