Soleil trompeur
dimanche 28 mars 2004
Trop de soleil éblouit ou aveugle. On peut alors le cacher ou le filtrer, comme au
cinéma : cela relève de la technique de l’artifioe et touche à l’idée - esthétique et
morale - de la falsification, tacitement consentie, autrement dit du mensonge. Le
questionnement sur la trahison (de l’art, de l’amour.) est essentiel chez Mikhalkov.
La trahison de l’histoire n’est pas un sujet nouveau pour lui qui l’abordait de façon
plus littéraire dans "L’Esclave de l’amour" "Oblomov" ’’Partition"... et plus
allégorique dans "Urga". Tel cinéma, issu d’une recherche exigeante et
personnelle sur la forme et la psychologie, exclut tout danger de symbolisme,
piège majeur du sujet "antistalinien" de "Soleil trompeur". Cela grâce à une mise
en scène toute en ruptures de ton une extrême mobilité des corps dans l’espace
étroit de la datcha (et de ce fragile bonheur présent), grâce à des dialogues qui
révèlent des blesures secrètes, la progression souterraine d’un drame remontant
aux racines du passé. En une journée, plusieurs destins se jouent et se rejouent,
les mémoires individuelles se croisent et s’affrontent, suivant les entrelacs des
lâchetés de chacun. Puis, quand l’histoire trahit ses héros, il ne reste plus qu’à
mourir, comme Mitia d’une mort sans honneur.
"Soleil trompeur" magnifique leçon
de cinéma sur l’absurdité du mnonde. (M.W.)